Canicule : quand le logement devient un facteur d’inégalité face à la chaleur

Durant l'été 2026, la France a connu plusieurs épisodes de canicule. Une question est alors revenue souvent : pourquoi a-t-il fait si chaud chez moi, alors que mon logement est en bon état et que mon DPE est bon ?

La réponse tient en partie à la façon dont nos logements ont été conçus. Dans un pays au climat historiquement tempéré comme la France, où le froid hivernal a longtemps représenté le principal risque pour la santé, le confort et la consommation d’énergie, les bâtiments ont avant tout été pensés pour conserver la chaleur. Aujourd’hui, avec des étés plus chauds et des canicules plus fréquentes, cette conception technique montre ses limites.
Plus de vingt ans après la canicule de 2003, la France ne cesse de faire face à des épisodes de chaleur intense. L’été 2026 en a été une nouvelle illustration, avec des températures éprouvantes pour de nombreux habitants.

Les limites du DPE face aux vagues de chaleur

DPE Canicule

C’est aussi le cas du Diagnostic de Performance Energétique (DPE)(Le DPE attribue une note allant de A à G : plus un logement se rapproche de A, plus il est économe en énergie ; plus il se rapproche de G, plus il consomme et perd de chaleur. Les logements classés F et G sont considérés comme des passoires énergétiques).

Cet indicateur mesure principalement la consommation d’énergie et les émissions de gaz à effet de serre émis, nécessaire pour chauffer un logement. En revanche, il prend encore peu en compte la capacité d’un logement à rester frais pendant les fortes chaleurs.


Résultat : un logement peut obtenir une bonne note énergétique tout en devenant difficile à vivre en été. Dans les audits énergétiques, le « confort d’été » est souvent résumé en quelques mots, alors qu’il a un impact majeur sur la santé et le bien-être des occupants.


C’est ce que montre cet extrait d’audit énergétique.
Le « refroidissement » n’est pas intégré au calcul de la consommation énergétique du logement, contrairement au chauffage ou à l’eau chaude. Finalement, une seule case permet d’identifier les vraies « bouilloires » : la rubrique « confort d’été », parfois simplement qualifiée d’« insuffisant ».


Ainsi, un logement peut passer d’un DPE G à un DPE C après rénovation et être considéré comme performant, tout en restant très inconfortable en été. Cela s’explique par le fait que la rénovation énergétique s’est longtemps concentrée sur la lutte contre le froid. Pourtant, avec le dérèglement climatique, la question du confort d’été devient incontournable.

La rénovation globale permet de mieux isoler le logement de la chaleur extérieure et d’améliorer sa ventilation. Mais lorsque les températures restent élevées plusieurs jours d’affilée, les murs et les matériaux accumulent progressivement la chaleur. Il devient alors difficile de maintenir une température supportable l’intérieur du logement.

Comment évaluer le risque de surchauffe des logements ?

Pour mieux mesurer ce phénomène, la réglementation RE2020 a introduit un nouvel indicateur : les degrés-heures d’inconfort. Son principe est simple : il calcule le nombre d’heures pendant lesquelles la température intérieure du logement dépasse 30 °C.
C’est aussi ce qui permet de savoir si un logement peut être considéré comme une « bouilloire thermique ».
Au-delà de 350 heures par an (soit 14 jours), la chaleur devient suffisamment importante pour affecter le confort des habitants. Au-delà de 1 250 heures par an (soit 52 jours), le logement est considéré comme défaillant au regard des critères de la RE2020 : on parle alors de bouilloire thermique.

Pour rappel, un logement trop chaud, c’est :

  •  55 % des Français qui disent avoir souffert d’un excès de chaleur dans leur logement ; un quart d’entre eux l’attribuant à des problèmes d’isolation ;
  • La qualité et la quantité du sommeil qui baisse drastiquement, avec des conséquences directes sur la santé et l’humeur ;
  • À 31°C, la température corporelle centrale est augmentée de 0,7 °C (par rapport à 22 °C dans le logement) augmentant ainsi les risques pour la santé, notamment chez les personnes les plus vulnérables ;
  • 71 % des décès attribuables à la chaleur en France entre 2014 et 2022 concernaient les plus de 75 ans (leur surmortalité a augmenté jusqu’à +22 % durant l’été 2022) ;
  • 15 à 25 % de surcoût électrique dépend de la climatisation en été.

    Chiffres de OXFAM et de l’ONPE

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